Le visage de la Parisienne

Ô toi, celle qu’on surnomme la Ville Lumière ! Dans la nuit, tu brilles de mille étincelles dorées, petits points dans la ville si belle, si vieille. Tu as vu passer des révolutions, des grands Hommes et des attentats. Mais toujours, tu restes jeune, debout et fière. Tu as la connaissance des siècles passés et la frivolité d’une jeunesse animée. Tu revêts ton couvre-chef de fer et regardes le monde de ta taille élancée, à la manière d’un mannequin à un défilé.

En ton sein se côtoie le monde entier. La plupart débarque avec une petite valise et de grands rêves. Ils se cognent vite à tes klaxons, à ton étendue, à ta pauvreté aussi. Il est difficile de se faire adopter par toi, tu sèmes quelques obstacles ici et là. Peut-être car tu as trop à t’occuper. Mieux vaut être persévérant, accroché et tenace car au premier abord, tu n’es pas très sympathique (désolée), de surcroît tu en joues parfois. Tu ne rends pas la vie facile au premier venu, tu connais ta valeur et il faut te mériter. Les filles comme toi sont attirantes autant qu’épuisantes.

Tu restes un décor parfait. Prétentieuse, un peu supérieure, tu ne te compares à aucune de tes consœurs. Les autres villes te jalousent et t’envient. Tu es célibataire par choix, tu n’as de pair. Les cinéastes te vénèrent et mettent en scène ton meilleur profil. Pour eux alors, tu te fais belle, poétique et accueillante.

On ne peut pas enlever à Paris ce qui fait son charme. C’est une grande Dame qui aime séduire en société. Elle se laisse inviter mais il faut savoir l’aborder. Ne lui offrez ni bière ni eau, Madame est au champagne ! Ne soyez pas directif, c’est elle qui choisira le moment de vous dévoiler ses secrets. Elle vous emmènera sûrement esquisser le French cancan avant de terminer au bord de l’eau.

Je crois que mes meilleurs souvenirs passés avec elle sont mes balades nocturnes d’un pont à l’autre, un petit détour par la Seine et la lumière qui s’y reflète avant de rentrer chez soi. C’est une promenade dans l’Histoire. Paris, certains te détestent mais moi je t’aime. Ou en tout cas je t’ai aimée, peut-être détestée. Je t’ai quittée car je n’ai pas fait partie de tes “enfants”, mais tu sais qu’au fond on s’entend bien.

kiki
Illustration : Diglee

Ne change pas, tu es solide, le passé l’a prouvé. Embrasse la modernité, sois plus verte et plus douce avec ceux qui t’ont choisie. Mais n’oublie jamais ce qui te constitue. Pour moi, tu représenteras toujours les paroles libérées des cabarets, les idées humanistes développées d’abord portes fermées, des personnalités pimentées comme celle de Kiki de Montparnasse ou même de tes grands peintres fauchés, et bien d’autres choses encore. J’ai peut-être une vision romantisée et biaisée mais c’est la mienne et on a le droit de rêver !

Qu’on t’aime ou te haïsse, toi tu t’en fiches. Chaque jour tu te lèves et offre au monde ce que de mieux tu sais faire : incarner la Ville Lumière.

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